Un poulet en néon au-dessus de la porte, un moine se glissant entre les bouteilles d’alcool,des dinosaures en plastique montent la garde, le Montréal Plaza n’est definitivement pas dans la rigidité, et c’est justement ce qui en fait l’une des adresses les plus en vue de la Plaza St-Hubert. Le 29 août 2015, Charles-Antoine Crête et sa complice Cheryl Johnson ouvrent leur premier restaurant dans l’ancien local du restaurant des Holder. Un troisième associé complète le trio avec Sébastien Blanchette.
Le design est signé Zébulon Perron, l’un des designers derrière plusieurs adresses marquantes de Montréal. Sa méthode pour l’inspiration du Plaza fut de visiter la maison familiale et poussé la porte de l’atelier de réparation d’horloges du père du chef, un lieu qu’il décrit comme absolument cinématographique. Cet univers a été transposé dans le concept, et on y retrouve encore des horloges, dont une horloge grand-père, et des orchidées. Le reste est un mélange entre l’esprit brasserie (grandes tablées, banquettes à dossier avec une nappe blanche classique) croisé avec des verrières d’atelier d’artiste, une maison de poupée au toit à l’envers au-dessus d’une table face à la cuisine, et un joyeux studio d’artiste en désordre dont nottament des peluches au soir de ma visite.
Avant même l’arrivée du Guide Michelin au Québec, Time Out plaçait le Montréal Plaza parmi les tables de calibre étoilé de la ville, et le restaurant apparaît dans le palmarès des 100 meilleurs restaurants du Canada. Il figure aujourd’hui dans la sélection du Guide Michelin Québec, tout comme son petit frère Juliette Plaza Bistro.
Le chef Crête a été le bras droit de Normand Laprise au restaurant Toqué!, dans une cuisine qui prônait l’utilisation de l’ingrédient en entier bien avant que le « zéro déchet » devienne une tendance. Ses passages à l’international, notamment chez El Bulli en Espagne, ainsi qu’en Australie et en France. Le parcours est chargé en étant nottament le coauteur du livre de recettes de Toqué! en 2012 mais les Québécois l’ont aussi croisé à la télé, comme animateur de À table avec l’ennemi et vedette du documentaire Durs à cuire, où on le décrit comme fougueux et excentrique.
La carte propose des petites assiettes de saison, avec quelques incontournables qui reviennent comme les bourgots au beurre miso à la carte depuis l’ouverture en 2015. Côté vin, la cave compte plus de 400 références, dont beaucoup d’importation privée, avec une belle sélection au verre. Un menu dégustation est annoncé à 145 $. Pour les assiettes à la carte compté plutot autour de 30-40$.
Mon experience au Montréal Plaza
Le bar en marbre ou je vais m’asseoir, légèrement surélevé, avec ses chaises tournantes, prend presque des allures de diner americain. Mais c’est la cuisine ouverte qui capte mon regard. J’y voit le bar à huîtres dans les moindres détails, et les mains qui s’activent sans jamais s’arrêter.
La soirée s’ouvre sur une soupe de thon totalement transparente, que seuls les légumes viennent percer. Un beau travail technique. Au centre, des cubes de thon bluefin. Le goût est frais, net, et surprenant. Le liquide clair, légèrement acide et légèrement épicé, a pourtant tout d’un gaspacho de tomates. Les fines herbes ramènent l’amertume et un côté herbacé. Une mise en bouche pleine de saveur, avec de la texture dans le mélange de légumes. Chacun n’étant pas choisi au hasard et cela en fait une de mes reference en termes d’harmonie. un pouce levé pour cette mise en bouche.


L’odeur du poisson se fait sentir dès l’arrivée de la seconde assiette. Les maquereaux, joliment alignés, sont recouverts d’une croûte qui cache une relish d’asperge légèrement sucrée. Autour, les petits points de mayo épicée et d’argousier forment une décoration qui, selon moi, s’intègre difficilement au plat, au point d’être presque optionnelle. La mayo est pourtant bien assaisonnée, mais c’est la sauce au fond de l’assiette qui vole la vedette avec son gout légèrement sucrée, presque comme une sauce nuoc-mâm sucrée, elle se marie parfaitement avec le maquereau.
Enfin le plat de resistance avec une belle tuile croustillante, posée sur un généreux morceau de boudin bien serré. Autour, la bisque de homard arrive avec un goût nettement plus amer. Le maïs vient ensuite comme un prolongement, baignant avec les champignons. L’accord terre-mer est fonctionnel, sans plus.


Le dessert avec une ile flottante bien genereuse joue sur l’amertume de la fleur d’oranger, présente à la fois dans la sauce anglaise et dans la ganache. Celle-ci sera à mon gout toutefois trop presente.
