Coincé sur la rue Saint-Denis, à deux pas du marché Jean-Talon, le Bar St-Denis porte encore le nom du dive bar qu’il a remplacé. Quand David Gauthier et Emily Homsy ont repris les lieux en 2018, ils ont préféré garder l’adresse, l’esprit et une partie de l’âme du quartier. La salle joue justement sur ce contraste. Tout en longueur, elle s’organise autour d’un grand bar qui s’étire sur une dizaine de places, prolongé par une cuisine entièrement ouverte où l’on voit la brigade travailler en direct. Les murs de brique noircie, le sol en dalles et la boule à facettes suspendue au plafond assument pleinement l’héritage dive bar du lieu, pendant qu’un comptoir avec des touches art déco vient élever l’ensemble d’un cran.
Côté assiette, la carte multiplie les petites entrées et les plats de saison, quelque part entre le Québec et le Moyen-Orient, généralement entre 20 $ et 40 $ la portion. Pour les tablées qui veulent se laisser porter, un menu à partager est proposé autour de 95 $ par personne. Je m’en sortirais ce soir pour une centaine de dollars tout seul assis au bar.
Cette double identité culinaire n’est pas un hasard de carte. David Gauthier et Emily Homsy se sont tous les deux formés dans les cuisines d’Au Pied de Cochon, la maison de Martin Picard. Homsy y a passé plus d’une décennie comme chef de cuisine avant de prendre, au Bar St-Denis, le rôle de la salle et de la carte des vins. Gauthier, de son côté, est passé par la cabane à sucre de Pied de Cochon avant de prendre les rênes des fourneaux ici. La technique française et les classiques québécois de Gauthier croisent les racines égyptiennes de Homsy, jusqu’à la recette de falafel de sa grand-mère, toujours au menu.
L’offre elle-même a évolué avec le succès du restaurant. Au départ, la maison ne proposait que quelques petites assiettes, et ce sont les habitués qui, en redemandant, ont poussé les chefs à étoffer la carte avec des plats plus consistants. Aujourd’hui, le Bar St-Denis figure depuis plusieurs éditions consécutives au classement Canada’s 100 Best, et a même remporté le titre de meilleur bar-restaurant du pays en 2026.
Mon expérience au bar st-denis
Je m’installe dans cette lumière tamisée, la boule à facettes clignotant discrètement au-dessus du bar, et me laisse porter par la carte.
Le gaspacho de moules arrive en premier. Cinq grosses moules baignent dans un mini gaspacho surmonté de salicorne, histoire de creuser encore le goût iodé. Le gaspacho est puissant, avec de petits morceaux de pain qui ont tout absorbé de la sauce sans perdre leur croustillant.Un bel exercice d’équilibre plutôt réussi. Mais malgré mes meilleures tentatives de bouchée parfaite, les moules elles-mêmes peinent à exister face à tout ce caractère liquide. Elles sont là, mais elles ne prennent jamais vraiment la parole.


Les couteaux taboulés de la mer suivent, et là, la cuisson est sans reproche. Ni caoutchouteuse ni dure, exactement ce qu’on attend d’un couteau. Le plat arrive sur un lit de glace pour préserver la fraîcheur, et on sent tout de suite le persil (au point que ça ressemble davantage à une persillade costaude qu’à un vrai taboulé de la mer). La vinaigrette, bien acide, vient équilibrer le tout avec justesse. La présentation, avec les quatre couteaux encore couchés dans leur coquille au milieu de la glace, complique la dégustation où je finirais par devoir repêcher des morceaux échappés en croquant deux ou trois glaçons.
Le boudin, betterave grillée et sauce au vin rouge annoncent la couleur avant même d’arriver à un beau monochrome rouge bordeaux intense. L’odeur de vin rouge précède l’assiette de quelques secondes. La betterave est cuite avec soin, assez pour garder un peu de croquant, posée sur trois beaux morceaux de boudin qui gardent encore ce fondant caractéristique à l’intérieur. Un plat généreux qui fait exactement ce qu’on lui demande.


Un gros chou à la pêche, enfin, clôt le repas sur une note aérienne. La crème est légère comme il se doit, et la pâte à chou se casse net sous la fourchette. À l’intérieur, la pêche coupée en petits cubes se présente sous une forme presque fondante, semi-liquide ; j’aurais personnellement préféré une consistance encore plus liquide. Le dosage du sucre, en revanche, est impeccable.