Sur la rue Beaubien Est, à la frontière de Rosemont–La Petite-Patrie et de la Petite Italie, une salle discrète a ouvert ses portes en avril 2026 et fait déjà jaser la scène gourmande montréalaise. Chouchou porte le prénom de sa chef-propriétaire, Chouchou Jia. En français, le mot évoque quelque chose de mignon, de précieux.
Le parcours de Chouchou Jia est atypique. Elle entreprend d’abord des études en administration des affaires en Arizona avant de bifurquer vers les fourneaux. Direction Toronto, où elle apprend la tradition française à l’Auberge du Pommier, puis Montréal, où elle rejoint les cuisines d’Île Flottante. Elle y gravit les échelons jusqu’au poste de chef, un rôle qu’elle occupe pendant trois ans avant de ressentir l’envie irrépressible de porter son propre projet. Chouchou naît de ce désir : recréer, avec des techniques françaises et des produits québécois, les saveurs chinoises qui l’ont vue grandir.
La salle, pensée par Atelier Paradis, accueille environ une trentaine de convives . Les murs mauves à la chaux, les banquettes de cuir brun et le mobilier en bois composent un décor chaleureux et feutré, ponctué par les luminaires sphériques du Studio Botté. Une musique d’ambiance discrète complète l’atmosphère dans un cadre qui se prête aussi bien au tête-à-tête qu’à une sortie entre gourmands curieux.
Côté assiette, la carte assume pleinement sa double identité. On y croise un œuf mariné au thé noir accompagné de poisson fermenté et de haricots noirs, un sandwich de canard laqué pressé au brie, une salade de poulet façon Urumqi relevée au poivre du Sichuan, des pétoncles au piment thaï et à la noix de coco fumée, ou encore des dumplings façon Zhong nappés de sauce sésame. Le porc char siu, servi avec du bok choy et une hollandaise à l’oignon brûlé, résume à lui seul la signature de la maison. La structure du bistro français au service de saveurs chinoises assumées. Pour ceux qui veulent se laisser porter sans choisir, un menu dégustation est proposé à 90 $. Le bar n’est pas en reste, avec une courte carte de cocktails maison dont un Honey Miso à base de sirop de miel-miso, de vodka et de kumquat confit.
Mon expérience au restaurant Chouchou
Dès les premières bouchées, je vais commencer par le sandwich de canard et de brie, accompagné d’une salade de chou en satellite arrosée d’une vinaigrette à la moutarde bien dosée. Le canard, niché dans une focaccia moelleuse, fond littéralement en bouche. La texture est irréprochable. Le brie frit, lui, promet un croustillant qui manque dans le pain vu le choix de la focaccia. Celui-ci sera à mon goût trop léger dans l’harmonie. Mais toute réserve s’efface devant la sauce légèrement sucrée qui accompagne gentiment le canard et domine le plat.



Viennent ensuite les raviolis, farcis de porc, de champignons et d’oignon vert, posés sur un tahini parsemé d’éclats d’amande et de parmesan qui allongent joliment la bouche. La sauce, bien épicée mais jamais agressive, laisse les amandes croquantes apporter une touche presque sucrée, en parfait contrepoint. Les raviolis eux-mêmes, faits maison et cuits parfaitement al dente, cachent une farce légèrement citronnée. Impossible de résister à l’envie d’arroser chaque bouchée du reste de sauce dans l’assiette. Ce sera l’un de mes plats coup de cœur de la soirée.
Le clou du repas reste sans doute la langue de bœuf, plongée dans une sauce brune généreuse relevée d’un kick pimenté tout en retenue, posée sur une purée de pommes de terre couronnée d’un espuma qui prolonge le goût bien après la bouchée. La texture de la langue est à souhait, fondante, et le plat trouve son équilibre grâce à des pickles de champignons qui viennent trancher, avec juste ce qu’il faut d’acidité, la richesse assumée de l’ensemble. Un plat très généreux, qui illustre parfaitement cette rencontre entre la structure française et l’audace des saveurs chinoises que la chef revendique.