À deux pas de la station Charlevoix, Sep Lai s’impose discrètement comme l’une des rares adresses laotiennes authentiques de Montréal. Fondé par une famille d’origine laotienne, le restaurant perpétue des recettes transmises de génération en génération, loin des versions édulcorées que l’on croise parfois dans les grandes artères touristiques.
On pousse la porte et l’atmosphère fait son effet , de fausses plantes tombantes cascadent depuis un faux plafond au-dessus d’un grand bar ouvert sur la cuisine, tandis que de grandes baies vitrées abritent des tables plus intimes, idéales pour les conversations longues. Par beau temps, une terrasse prolonge agréablement l’expérience. Sep Lai assume une esthétique de comptoir chaleureuse, presque familiale, qui rappelle ces petits restaurants de quartier de Vientiane où l’on revient chaque semaine.
La carte joue sur la tradition laotienne sans compromis : rouleaux impériaux, boulettes à partager, et l’incontournable riz gluant en accompagnement, servi dans ses petits paniers en bambou tressé comme au Laos. Tout est pensé pour être partagé à plusieurs, dans l’esprit collectif qui caractérise la gastronomie d’Asie du Sud-Est. Les grandes tablées pourront même s’offrir un menu dégustation à 80 dollars canadiens, tandis qu’une commande à la carte reste accessible autour d’une trentaine de dollars par personne.
Mon expérience au restaurant Sep Lai
L’aventure commence avec les rouleaux impériaux au poulet, longilignes et d’une minceur presque élégante. La friture est maîtrisée : ils sont croustillants sans être gras, bien dorés. La sauce Dao qui les accompagne joue habilement sur le sucré pour équilibrer l’ensemble.
Je me laisse ensuite convaincre par le Nang Kai Tod, curiosité du menu que le serveur décrit volontiers comme « le chip de poulet laotien », de la peau farcie, croustillante, qui n’est pas sans rappeler l’esprit des fameuses oreilles de crisse québécoises. L’idée est brillante sur le papier, et l’exécution témoigne d’un vrai savoir-faire. Seul bémol : la salinité est généreuse, peut-être un peu trop. Les petits quartiers de lime posés dessus apportent une touche de fraîcheur bienvenue, mais insuffisante pour la quantité servie. J’ai fini par tremper les morceaux dans la sauce des rouleaux impériaux pour rééquilibrer le tout, ce qui, soit dit en passant, fonctionne plutôt bien.


Le plat qui réconcilie tout le monde arrive sous forme de boulettes de porc Sai Oua, aromatisées aux herbes du Laos. La citronnelle s’exprime franchement, les épices sont bien dosées, et la cuisson est irréprochable : une belle croûte et un intérieur juteux. C’est généreux, réconfortant, et la sauce Jeow Som, légèrement aigre-douce, trouve dans le riz gluant son meilleur allié. Ce trio à lui seul justifie le déplacement.
Je tente ensuite les nouilles de riz caramélisées Kua Mee, présentées à la façon d’un pad thaï avec son œuf par-dessus « un peu » trop frit et ses légumes à mélanger : carottes, chou. Le concept est séduisant, mais la caramélisation attendue laisse place ce soir-là à une texture un peu trop cuite et sèche, avec une légère amertume. On sent que le plat peut être excellent.


En guise de conclusion sucrée, la crème brûlée à la feuille de pandan impressionne d’abord par sa belle robe verte, couleur signature de cet ingrédient prisé en Asie du Sud-Est. Le résultat est inégal selon les portions : le caramel peut être un peu trop cristallisé, la crème parfois légèrement liquide. Mais le parfum délicat du pandan, floral et vanillé, rappelle que Sep Lai tente aussi d’innover.
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