Depuis novembre 2025, un nouveau nom s’est glissé dans le paysage gastronomique du centre-ville : Céleste, installé dans le Golden Square Mile, au cœur de l’historique Maison Alcan, au 2121 rue Drummond. La petite sœur de Béatrice, Estelle et Café Améa n’a pas mis longtemps à se faire remarquer, notamment grâce à un décor déjà considéré comme l’un des plus beaux de la ville.
Céleste est le fruit de la rencontre entre deux figures bien connues de la scène italienne montréalaise : Pino Forgione (Béatrice, Estelle, Café Améa) et Michael Coppa, chef exécutif et co-propriétaire de Café Améa. L’idée serait née presque par nécessité. Le succès d’Améa avait créé une demande à laquelle le quartier ne pouvait pas répondre : les clients réclamaient un endroit pour prolonger la soirée. Quand l’espace voisin d’Améa s’est libéré, la décision ne s’est pas fait attendre.
En cuisine, Michael Coppa travaille aux côtés des chefs Jeffrey Capuano et Frank Gioffre sur une interprétation régionale de l’Italie, avec une signature bien à Céleste. La Basilicate est une influence majeure : c’est de là que viennent les piments cruschi et le mélange d’épices maison qui parfume les viandes. Le steak n’y est d’ailleurs pas le traditionnel ribeye : il s’agit d’une culotte de bœuf (rib cap), la partie la plus tendre et persillée de l’entrecôte, assaisonnée d’un mélange d’épices basilicate aux notes chaudes de cannelle, muscade et coriandre. Le poulet, plat du quotidien par excellence, devient ici plus ambitieux : sauce espresso-sambuca sur une purée de céleri-rave parfumée à l’anis. Et parmi les incontournables, les gnudi — ces raviolis sans pâtes originaires de Toscane, plutôt rares à Montréal — reviennent souvent comme un coup de cœur unanime.
Côté décor, tout est pensé pour créer un cadre élégant, lumineux et spacieux : signé par le designer Agostino Di Rigi (ADR Design), l’espace s’articule autour du concept Tra Terra e Cielo (« De la terre au ciel »), avec un immense puits de lumière, des rideaux qui diffusent une clarté douce, du bois et des plantes qui évoquent un jardin intérieur, des luminaires en verre à la touche dorée, et des banquettes colorées entourées de marbre. Le service en salle est dirigé par la directrice générale Sabrine Laraqui.
Question prix, Céleste se positionne clairement dans le haut du panier (catégorie $$$ sur les plateformes de réservation). Les entrées oscillent entre environ 24 $ et 42 $, les plats de poissons et de pâtes se situent plutôt entre 36 $ et 96 $, et les pièces à partager — comme la bistecca cowgirl de 32 oz — grimpent au-delà de 150 $. Les accompagnements, eux, restent raisonnables, autour de 8 $ à 16 $.
Petite note pour toi : le PDF du menu que j’ai consulté mélangeait un peu l’ordre des prix par rapport aux plats à cause de la mise en page. J’ai pu confirmer avec confiance le prix des patates au gras de canard (8 $) et du tartare de branzino (environ 36 $), mais je te recommande de vérifier ceux de la morue carbonara et des autres plats avant publication, au cas où le menu aurait changé depuis.
Céleste est ouvert du mardi au samedi (fermé dimanche et lundi), de 18h à 22h en semaine et jusqu’à 23h les jeudis, vendredis et samedis. On y croise une clientèle bigarrée : jeunes professionnels qui décompressent après le travail, groupes d’amies en soirée entre filles, couples en date night — bref, un lieu à la fois animé et raffiné, qui semble avoir trouvé sa place dans le paysage italien du centre-ville.
Partie 2 — Mon expérience
Dès l’entrée, Céleste impose le respect. Un atrium immense, presque démesuré, où une multitude de boules lumineuses plonge au-dessus des tables comme une pluie de lumière suspendue. J’étais assis au bar, et je dois l’admettre : j’ai presque regretté mon choix. Loin de moi, cette grande baie vitrée cernée de verdure semblait offrir un tout autre spectacle — celui d’un jardin intérieur qu’on devine sans jamais vraiment y être.
Premier service : le tartare de branzino. La présentation est presque scolaire, moulée en un rond parfait, posée sur un fond de chapelure bien croustillante qui craque sous la fourchette. Le poisson, lui, est frais, et l’assaisonnement au paprika y va d’une main un peu ferme — assez puissant pour se faire sentir, sans pour autant écraser le branzino. Par-dessus, l’ail croustillant vient compléter la longueur en bouche du paprika, prolongeant cette pointe épicée bien après la dernière bouchée.
Vient ensuite la morue d’Islande en carbonara — le fameux merluzzo carbonara. J’ai toujours un peu de mal avec la mise en valeur de poissons qui viennent de si loin sur nos tables, mais c’est bel et bien une morue islandaise qui atterrit devant moi ce soir-là. Au fond de l’assiette, des artichauts apportent une légère acidité, presque vinaigrée, qui vient réveiller le plat. La sauce carbonara, elle, se distingue par la présence de la palourde, dont le goût, un peu fort, flirte presque avec des notes de fromage bleu — une signature qui ne passe pas inaperçue. La morue, quant à elle, est légèrement surcuite, mais compense avec un beau croustillant sur le dessus qui sauve la texture.
Puis, les patate strutto. Malheureusement, celles-ci accusent un léger manque de sel et se révèlent globalement assez fades. La cuisson, en plus, donne des pommes de terre très molles, presque sans résistance sous la fourchette — la déception de la soirée, dans un repas par ailleurs bien maîtrisé.
Entre les boules de lumière suspendues, le paprika qui s’attarde en bouche et cette sauce carbonara qui flirte avec le bleu, Céleste confirme qu’il a du caractère — même si tout n’est pas parfait dans l’assiette. Un décor à couper le souffle, une cuisine qui ose, et quelques ajustements encore à faire du côté des accompagnements.