Molenne, Montréal : le bistrot parisien qui conquis le Mile End

Molenne

5309 Boul. Saint-Laurent, Montréal, QC H2T 1S5

Notes

Techniques :
Qualité des produits :
Harmonie :
Créativité :

Sur le boulevard Saint-Laurent, à la frontière du Mile End, une nouvelle enseigne s’est installée en février 2025 dans un quartier en pleine ébullition culinaire. Molenne a pris racine dans l’ancien local de Café Mei. « Molenne » est la façon dont les francophones prononçaient jadis les mots « Mile End ». En fouillant les archives, l’équipe a découvert que le quartier se trouvait autrefois à environ un mille du Vieux-Montréal et qu’il abritait le premier hippodrome de la ville. Le nom rend donc hommage à ce carrefour des cultures anglophone et francophone, symbole de la diversité montréalaise.

Ce passé équestre irrigue d’ailleurs tout le décor. L’espace occupait autrefois un dépôt de foin pour les chevaux de l’hippodrome, et cette histoire a été tissée avec soin dans l’aménagement. Le mobilier, lui, a été récupéré avec la même intention de mémoire. Les armoires proviennent de l’ancien Café Mei, les banquettes du restaurant du Théâtre du Nouveau Monde, et certaines plaques d’une vieille cheminée montréalaise. Sur place, on reconnaît tout de suite le bistrot parisien classique avec ses banquettes cuivrées, ses vitres teintées au fond de la salle qui encadrent le bar et la salle, une terrasse déjà très courue dès les beaux jours. Une trame sonore jazzy qui flotte discrètement au-dessus du brouhaha. La salle se découpe en une trentaine de places à l’avant, puis un espace intermédiaire où l’on patiente un verre à la main proche du bar, avant d’arriver à l’arrière où une vingtaine de couverts font face à la cuisine vitrée et à son bar à cru, une des signatures de la maison.

Derrière le projet, une équipe d’anciens du bar Le Majestique, tous natifs de Montréal et cumulant plus de 15 ans d’expérience en restauration, après avoir contribué à ouvrir plusieurs adresses pour d’autres avant de se lancer enfin dans leur propre projet. François Séguin-Letendre (fondateur de Soif et du The Daily à Shanghai) signe lui-même le design et la construction du lieu, épaulé de professionnels pour les corps de métier spécialisés. Alexandre Hallé-Quinlan (cofondateur de Lacou, dans les Caraïbes) pilote le programme de fruits de mer, Gia Bach Nguyen compose la carte des cocktails, et Miro Ramirez signe la carte des vins.

En cuisine, la direction serait assurée par le chef Louis-Joseph Rochefort (Bouillon Bilk, Le Serpent, avec un passage chez Attica en Australie) . La carte saisonnière met le terroir québécois à l’honneur avec un ancrage dans la tradition française abordée avec une sensibilité contemporaine. Les fruits de mer, notamment en provenance de Havre-Saint-Pierre, occupent une place de choix aux côtés des entrées, légumes, pâtes fraîches, viandes et plats à partager. Parmi les incontournables, la salade de couteaux, la bouchée de thon bluefin sur riz à l’encre de seiche, le tartare de bison de Lanaudière aux champignons du Québec que je vais tester et le steak de thon sauce au poivre.

Côté prix, Molenne se positionne dans le haut du panier, sans jouer les inaccessibles . Les menus de groupe s’affichent à 80 $ et 100 $ par personne, et un menu dégustation autour de 120 $. J’en aurais moi-même pour une centaine de dollars en me faisant plaisir.

Mon expérience au restaurant Molenne

Je commence par les huîtres Rockefeller à l’ortie, avec guanciale et crème. Dès la première bouchée, la crème d’ortie adoucit tout et porte son côté herbeux ; le guanciale vient allonger le tout en bouche, lui donnant une belle lourdeur. Mon seul bémol restera l’huître elle-même qui peine à se faire sentir, presque absente derrière la garniture (dommage pour l’ingrédient qui donne son nom au plat).

Vient ensuite la bouchée de thon bluefin de Nouvelle-Écosse, sur une galette de riz croustillante à l’encre de seiche, avec aïoli. La galette est exactement ce que j’attends, bien croustillante, avec ce petit croquant qui claque sous la dent. L’aïoli se fait bien sentir et donne son petit kick à l’ensemble. Le thon, en revanche, est coupé en tranches trop fines à mon goût. J’aurais presque préféré qu’on me le serve carrément en sashimi pour laisser toute la place au bluefin.

La première entrée sera servie avec un tartare de bison de pâturage, tout droit de Lanaudière, avec chanterelles et pieds-de-mouton, crostinis et un jaune d’œuf Conestoga. La découpe au couteau est nette, et le jaune d’œuf coulant trône fièrement au centre de l’assiette. Les crostinis, eux, sont cuits de façon un peu uniforme (certains sont légèrement sous-cuits). L’acidité du tartare est par contre parfaitement dosée. Toutefois, le jaune d’œuf est un peu trop généreux par rapport à la quantité de viande, ce qui déséquilibre légèrement chaque bouchée.

Les frites et leur aïoli maison suivent. L’aïoli a un petit goût marin, presque comme s’il était aromatisé d’une algue nori. Mais dans la texture, on est davantage devant une mayonnaise que devant un véritable aïoli. Les frites, pour leur part, sont grosses et bien croustillantes.

La côtelette de porc Yorkshire de Sainte-Madeleine, avec son beurre noisette au citron brûlé et son piment Jimmy Nardello jaune sucré, marque un léger creux dans le repas. Il manque de fleur de sel sur la viande, qui en ressort un peu fade, et la sauce au beurre est un peu trop acide. Le piment posé par-dessus n’arrive pas à en adoucir le mordant. Pour moi le déséquilibre est total.

Le repas se termine avec la profiterole XL. Malheureusement, la pâte est nettement trop cuite, au point de presque évoquer un morceau de pain plutôt qu’un chou. La ganache au chocolat, elle, est très bonne, tout comme la glace à la noisette qui l’accompagne.