Sur Oak Lawn Avenue, dans l’ancien local d’un Rusty Taco, une explosion d’orange a pris ses quartiers en septembre 2025. Murs carrelés, chaises, façade, jusqu’aux bouteilles de Jarritos posées sur le comptoir, Tacos Juancho ne fait rien à moitié dans son identité visuelle. Ajoutez à ça des néons, une cuisine ouverte sur la salle, un comptoir à salsas en libre-service et des chaises en métal résolument inconfortables, et vous obtenez un décor qui évoque la taquería traditionnelle renforcée par les tables en plastique.
Le menu, lui, reste fidèle à l’esprit des rues de Mexico. Le cœur de l’offre, ce sont les viandes de rue classiques, asada, pastor cuit au trompo, barbacoa, pollo, suadero, chicharrón prensado, campechano et nopalitos, déclinées en tacos ou en quesadillas. Les quesadillas signature méritent le détour. Pressées sur tortilla de maïs bleu et garnies au choix de chicharrón, nopalitos ou huitlacoche (ce fameux « truffe mexicaine », le champignon du maïs). Le week-end, la carte s’enrichit d’une birria. Mais la vedette incontestée, c’est la gaonera de ribeye : tranche de bœuf sur tortilla de maïs bleu, croûte de fromage grillé façon costra, avocat, oignons crus et fromage émietté.
Côté prix, Tacos Juancho joue la carte de l’accessibilité dans un quartier d’Oak Lawn de plus en plus gentrifié, où les adresses étoilées Michelin et primées par James Beard fleurissent à quelques rues de là. Les tacos classiques tournent autour de 3,50 $ l’unité selon les protéines choisies . La gaonera de ribeye, elle, se positionne comme l’option premium de la carte à 8 $, soit plus du double d’un taco standard.
Le restaurant a subi deux cambriolages en l’espace de cinq mois, dont un braquage nocturne au pied-de-biche qui a coûté plus de 3 000 $ en liquide à l’établissement. Malgré ces déboires, la reconnaissance est venue vite : en avril 2026, Food & Wine a inscrit Tacos Juancho parmi les huit nouvelles taquerías les plus excitantes des États-Unis.
Mon expérience à Tacos Juancho
J’ai commencé par le classique incontournable, le taco al pastor. La viande, marinée dans un adobo rojo étonnamment doux, était cuite avec justesse, ponctuée de petits morceaux d’ananas qui apportaient cette pointe sucrée-acidulée caractéristique du genre. Je l’ai trouvé toutefois un peu trop sec, sans doute la seule fausse note du repas. Mais heureusement le comptoir de salsa était en libre-service.
La barbacoa, en revanche, n’appelait aucune correction. Fondant à souhait, il s’effilochait sous la fourchette avec cette texture presque confite qu’on recherche précisément dans ce type de préparation. Exactement comme je l’aime.

Puis est venue la pièce que j’attendais avec le plus de curiosité : la gaonera de ribeye, à 8 $. Servie sur sa tortilla de maïs bleu. La portion de bœuf était honnête, et le taco lui-même était sensiblement plus généreux qu’un taco classique de la carte. C’est bon, incontestablement. Mais soyons honnêtes, l’écart de prix avec un taco à 3,50 $ n’est tout simplement pas justifié par un écart de qualité équivalent. On paie ici plus pour le concept et la référence que pour un saut gustatif réellement proportionnel.
Difficile toutefois de parler de la gaonera de ribeye sans évoquer son origine. Ce style de taco avec filet de bœuf tranché fin, tortilla soignée tire son nom d’un hommage au torero mexicain Rodolfo Gaona, et doit sa renommée mondiale à la Taquería El Califa de León, à Mexico. Une gargote de 3 mètres de large, sans places assises, devenue en 2024 la toute première taquería au monde à décrocher une étoile Michelin.