© marieclaire La diversité culinaire de la France est tellement vaste que l’on ne pourrait pas les énumérer proprement. Sa richesse, sa diversité font que chaque région offre des plats typiques ayant marqué l’histoire. La première région que nous allons visiter n’est autre que l’Alsace. Imaginez donc un vieux village alsacien au début du XIXe siècle. Les maisons à colombages avec les géraniums débordant sur les balcons, à chaque coin de rue flottant une odeur différente. Soit de chou farci propice à un mariage, de pommes de terre attendant le retour des paysans, soit des enfants courant à la boulangerie pour les restes de tarte flambée.
Étant alsacien et fier de l’être, voici mes 15 meilleurs plats alsaciens, sans ordre précis, ils sont TOUS succulents.

La choucroute garnie – l’héritage des marchands de Sel
Souvent associée à la nourriture allemande, la choucroute garnie accompagnée de ses saucisses, lards et pommes de terre n’est autre que le plat le plus connu d’Alsace. La légende raconte que la choucroute serait née lorsque des tonneaux de chou, destinés aux marins hollandais, avaient fermenté par accident lors d’un transport le long du Rhin. Le chou étant moins cher que le sel, cela permettait de conserver la viande. Les Alsaciens y ont donc ajouté saucisses, palette, lard et pommes de terre, et le plat est devenu le festin du dimanche. Au XIXe siècle, aucun mariage en Alsace ne se faisait sans sa choucroute ! Et n’hésitez pas à découvrir sa petite sœur, la choucroute de poisson.

La tarte flambée (Flammekueche) – Le roi des plats alsaciens
Attention à ce plat, il pourrait vous rendre addicte ! Commencez par commander une tarte flambée à partager et recommandez jusqu’à ce que votre ventre vous dise qu’il est temps pour une dernière flambée à la pomme. Autrefois, les boulangers utilisaient de minces morceaux de pâte recouverts de crème, oignons et lardons pour tester la chaleur du four avant d’enfourner le pain. Les enfants du village guettaient ces “tests” pour en chaparder des parts flambées… jusqu’à ce que le plat devienne une tradition. Aujourd’hui, vous trouverez toutes les variantes possibles et inimaginables, Munster (fromage alsacien, excellent !), forestière (champignon), gratiné (gruyère) … jusqu’à la version sucrée comme décrite auparavant à la pomme flambée au calvados.
Le baeckeoffe

La tradition en Alsace c’est le vin blanc, ce plat à base de pommes de terre et légumes, pieds de porc, agneau, bœuf cuit plusieurs heures à l’étouffé dans une terrine spéciale que l’on se passe de génération en génération. Bien nourri par du vin blanc. Les ménagères déposaient tôt le matin la terrine chez le boulanger, qui la laissait mijoter dans la chaleur douce de son four pendant qu’il cuisait le pain. Elles le récupéraient en revenant de la lessive au lavoir, et toute la famille se rassemblait autour.
Les spaetzle – Les pâtes alsaciennes

A la fois accompagné d’un sanglier chassé la veille ou tout autre gibier, un coq au vin, ou bien d’un simple poulet à la crème. Les spaetzle (“moineaux” en allemand) roulés à la main sont partout où il y a de la sauce, bien meilleurs que les frites ou la salade à mon goût. La référence de l’accompagnement alsacien. Dans les fermes, on en préparait des montagnes pour la période des vendanges.
Le kougelhopf – Le gâteau du matin de fête

La compétition dans ma famille fut clairement de réaliser le meilleur Kougelhopf, au bon plaisir de mon père. Cuit dans un plat typique, ce gâteau sucré contient des amandes, du raisin et beaucoup d’amour. Une légende raconte qu’un roi mage, égaré sur la route de Bethléem, fut accueilli par un pâtissier de Ribeauvillé qui, en remerciement, lui donna une recette de gâteau en forme de turban. Depuis, le kougelhopf trône sur les tables lors des baptêmes et mariages.
Le bibeleskaes – La simplicité paysanne

Rien de plus simple que de faire un bibeleskaes, du fromage blanc battu avec ail, ciboulette et herbes fraîches. Il était le repas rapide des paysans après les travaux des champs. Servi avec des pommes de terre chaudes et du lard, il incarne encore aujourd’hui la cuisine sans chichi.

Le presskopf – Rien ne se perd
Comme le plat précédent, ce plat est originaire de la campagne, où l’on utilisait chaque partie du cochon. La tête cuite, désossée et pressée dans une terrine donnait ce mets à la fois rustique et raffiné, souvent servi avec une salade de pommes de terre ( la version alsacienne bien sûr cuite avec un bouillon de poulet). C’est le bon remplaçant des terrines à l’alsacienne.

Les fleischschnacka – Les escargots de viande
Ce plat, roulé comme un escargot avec de la pâte à nouilles et de la viande hachée, naquit d’un besoin : recycler les restes du pot-au-feu. Les tranches sont dorées à la poêle puis cuites dans un bouillon ( souvent le pot au feu). On dit que dans certaines familles, la qualité du roulage était un critère pour juger si une jeune fille “savait tenir une maison” !
Les bredeles – Les biscuits de Noël

Dans chaque famille en période de Noël, le Christkindel allume les fours qui se mettent à chauffer afin de réaliser les mille et une recettes de bredeles, des petits sablés dont l’on garde précieusement la recette familiale. Pendant longtemps ils faisaient partie des décorations du sapin de Noël au plaisir des enfants gourmands qui les recevaient comme seul cadeau. Étoiles à la cannelle, sablés au beurre (butterbredele), petits croissants à la vanille, boules de coco, les spritzbredele (mon préféré !) formés d’une poche à douille, les schwowebredele : on les prépare dès novembre pour remplir des boîtes en fer qui se terminent bien souvent trop rapidement.

Le mannele – Le petit bonhomme de la St Nicolas
Au XIXᵉ siècle, dans les villages alsaciens, on racontait aux enfants que la nuit du 5 au 6 décembre, Saint-Nicolas, patron des écoliers, faisait sa tournée en distribuant des friandises. Mais comme il ne pouvait pas s’attarder dans chaque maison, il laissait un petit messager en brioche, le mannele (ou mannala dans le haut-rhin), pour le représenter.
Ce petit bonhomme, souvent décoré de deux raisins secs en guise d’yeux, était posé sur la table du petit déjeuner accompagné d’un chocolat chaud. Les enfants sages le croquaient joyeusement… mais ceux qui avaient été moins exemplaires trouvaient parfois à côté du mannele… une branche de bouleau, signe que le Père Fouettard était passé aussi !

La bretzel – L’emblème d’une region
À la fois symbole de toute la région, le bretzel et non « Pretzel » comme nos amis américains l’aimeraient appeler, se bat pour trouver sa paternité entre les bavarois et les Alsaciens. La région Alsace utilise notamment en logo un bretzel en forme de lettre A. L’idée du bretzel viendrait du Moyen Âge, une légende raconte qu’il s’agirait d’un moine boulanger voulant récompenser les fidèles enfants en leur offrant un pain muni de trois trous comme la Sainte Trinité. Aujourd’hui encore, dans certaines familles, il est de coutume d’offrir un bretzel à son filleul le premier jour de l’an.
La salade alsacienne

Au début du XXᵉ siècle, dans les brasseries de Strasbourg, les ouvriers venaient en grand nombre pendant leur pause déjeuner. Le problème, étant que certains avaient à peine un quart d’heure avant de retourner à l’atelier. Les patrons de brasserie commencèrent alors à proposer une assiette rapide : des tranches épaisses de cervelas (une saucisse qui aurait ses origines en Suisse) , du gruyère coupé en bâtonnets, quelques rondelles d’œuf dur et des cornichons, le tout sur un lit de salade croquante. Ce plat simple, nourrissant et bon marché se popularisa si vite qu’il devint la “salade alsacienne”. Aujourd’hui, on y ajoute une vinaigrette au vinaigre de Melfor pour rester fidèles à la tradition locale.

La tarte aux pommes alsacienne
La tarte aux pommes alsacienne, à la différence de sa consoeur, ne possède pas un fond de compote mais est nappée de crème, de sucre et d’un jaune d’oeuf. À mon goût, bien plus généreuse, l’on peut y ajouter de la cannelle.
Les “Grumbeerekiechle” – Les galettes de pommes de terre

Après la récolte des pommes de terre, les paysans alsaciens devaient écouler leurs surplus de manière rapide. Rien de mieux que de les râper et les frire à la poêle. Bien croustillante, on l’accompagnait avec de la salade et dans ma famille, de la compote de pomme. C’est un plat vraiment rapide à faire, idéal en automne.
Les knacks – Les saucisses des foires

Que l’on soit fan ou non, les knacks ou « saucisses de Strasbourg » sont partout, au marché de Noël, au stade de la Meinau en allant voir le Racing ou même dans la choucroute. À la différence de sa cousine germaine, la saucisse de Francfort, elle possède en plus du porc, des petits morceaux de boeuf. Bien plus généreux, son nom vient de l’allemand “knacken”, qui signifie “craquer”, en référence à la peau fine qui éclate lorsqu’on la grille ou la chauffe. La cuisson rapide et son goût légèrement fumé et à base de cumin en ont fait un incontournable de la cuisine populaire et festive. Et bien sûr à cuire dans de l’eau mélangée à de la Kronenburg !
Je pourrais citer tellement d’autres produits typiques du terroir alsacien, des vins blancs d’exception qui font la fierté de la route des vins d’Alsace. En vendange tardive, plus sucré dans un bon gewürztraminer. Le Munster, qui tire son odeur sûrement du passé de l’Alsace, de force et de résistance. Accompagné de beurre et d’oignon sur une tartine de pain, un régal. Le foie gras d’oie qui concurrence sans peur le canard du Sud-Ouest. Le Maultaschen, cette grande raviole alsacienne, l’asperge blanche, le pissenlit, une cuisine toujours simple mais généreuse que l’on ne retrouvera nulle part d’autre que dans mon Alsace.
E gueter!